Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan
Pèr èstre un brave chin, lou siès, ségur Vascò !
Emé tant de biais portes roupo
De sedo negro sus la croupo,
E boulegues tant bèn lou rampau de ta co
Quand tubo davans tu l'escudello de soupo !
Res dira pas de noun : o siés un bèu chinas,
Emé l'auriho que tirasso
Si frisoun de longo filasso,
Emé lou pitre rous d'un rigau, e lou nas
Grana, negre, lusènt ansin qu'uno rabasso.
Acò 's rèn. As bèn miés. Sus tis iue parpelous,
Bounias e pensatiéu, te vese,
En liogo d'usso, dous gros cese
En belugo de fiò , dos taco de péu rous.
Es li bericle d'or d'un filousofe, crese.
Lou sariés, filoùsofe ? O, lou siés, e bessai
Dounariés leiçoun à toun mèstre
Pèr se trufa dis escaufèstre
E di marrìdi gènt. Sènso ni houi! ni hai !
Autant vite que iéu rejougnes sant Sivèstre.
Se l'embourigo es caudo e se lou vèntre es plen,
Que t'enchau l'emboui de la vido !
La ventresco en round espandido,
Lou nas souto la co, mesclant li dous alen,
Di chavano dóu jour espères la finido.
Atèndes paciènt, roupihes tranquilas ;
E se perfés de la racaio
Lou cop de pèiro te travaio
Li costo, acò 's pas rèn : pèr suprème soulas,
Alor, la pato en l'èr, coumpisses la muraio.
Aquelo pato en l'èr, signe de toun mesprés
Dis auvàri de la vidasso,
En sagesso, crèi-me, despasso
Tout ço que lis ancian jamai nous an arprés :
Vaqui coume dóu mau lou boulet se tirasso.
Vaqui, moun filousofe, uno responso au mau
Que toun mèstre souvènt envejo.
Aro que l'aveni negrejo,
Dins ti bericle d'or laisso-me vèire un pau
Lou mounde enebria d'un vinas qu'amarejo.
LES LUNETTES DE VASCO
Pour être un honnête chien, tu l'es, bien sûr, Vasco !
Avec tant de biais tu portes souquenille
De soie noire sur ta croupe
Et tu remues si bien la houppe de ta queue
Quand fume devant toi l'écuelle de soupe !
Personne ne dira non : oui, tu es un beau gros chien,
Avec l'oreille qui traîne
Ses frissons de longue filasse,
Avec la poitrine rousse d'un rouge-gorge, et le nez
Grenu, noir, luisant comme une truffe.
Ce n'est rien. Tu as bien mieux. Sur tes yeux à fortes paupières,
Bonnasses et pensifs, je te vois
En guise de sourcils, deux gros pois chiches
En étincelles de feu, deux taches de poil roux.
Ce sont les lunettes d'or d'un philosophe, je crois.
Le serais-tu philosophe ? Oui, tu l'es, et peut-être
Donnerais-tu leçon à ton maître
Pour se moquer des mésaventures
Et des mauvaises gens. Sans ni hoï ! ni haï !
Aussi vite que moi tu rejoins saint Sylvestre.
Si le nombril est chaud et si le ventre est plein,
Que t'importent les embarras de la vie !
La bedaine en rond étalée,
Le nez dessous la queue, mélangeant les deux souffles,
Des bourrasques du jour tu attends la fin.
Tu attends patient, tu somnoles tranquille ;
Et si, parfois, de la racaille
Le coup de pierre te travaille
Les côtes, ce n'est rien : pour suprême consolation,
Alors la patte en l'air, tu compisses la muraille.
Cette patte en l'air, signe de ton mépris
Des accidents de la vie dure,
En sagesse, crois moi, dépasse
Tout ce que les anciens jamais nous ont appris.
Voilà comme du mal se traîne le boulet.
Quant au mal, mon philosophe, voilà une réponse
Que ton maître souvent envie.
Maintenant que l'avenir s'assombrit,
Dans tes lunettes d'or laisse-moi voir un peu
Le monde enivré d'un gros vin qui tourne à l'amer.