Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan
Rouge de sero,
Bèu tèms espèro.
Soulèu fali, la couquihado,
Quand dins li-nivo a proun sibla,
D'eilamount descènd dins li blad ;
Descènd plan-planet e quihado
Sus lou cresten di mouto ounte lou grihet dor,
Espincho dóu tremount lou darrié giscle d'or.
Aluco lou mouloun de braso,
L'erso de carboun atuba
Que de nivoulas fan tuba
Eilalin, dóu tèms que s'abraso
La forjo ounte un gigant, lou martèu à la man,
En tres caudo alestis lou soulèu de deman.
Pin-pan ! Lou gigantas travaio
Soun globe, e lou travaio dur.
Pin-pan ! pin-pan ! Quand es madur,
Que trelusis e que dardaio,
Arroundi, flame-nòu, reviéuda de bacèu,
D'un cop de pèd lou fai barrula dins lou cèu.
E la boulo de fiò cabusso
Dins lou toumple dóu tenebrun...
Tout es enmantela de brun
Pèr la niue, bouniasso clusso,
Que souto lou duvet de la som, dóu pantai,
Amago l'au eloun, lou grihet, l'ome e l'ai.
"Grand manescau que sus l'enclume
De ta boutigo en nivoulas,
Emé toun martèu jamai las,
D'aquest mounde adoubes lou lume,
— Se dis la couquihado, — o fabre mestrajant,
Manques pas de blouca toun faudau flamejant !"
"Manques pas d'empura dins l'aurao
Tout fiò, pèr fin que lou soulèu
Reviéuda nous revèngue lèu,
Aquéu bon souleais que dauro
Li nis e l'espigau ; manques pas, car sara
La fin de tout quand ta forjo s'amoussara."
"A l'aubo ansin, plumo espóussado,
Dóu campèstre m'enaurarai
Eilamount, e saludarai
Toun obro, la boulo abrasado,
Alestido de fres ; mi proumié repiéu-piéu
Saran pèr lou soulèu, sèmpre mort, sèmpre viéu. "
Au founs d'uno mato de bauco,
La couquihado alor s'envai,
Lou cor esmougu, lou gavai
Gounfle de grano de mihauco.
S'agrouvo, met lou bè souto l'alo, à la caud,
E pièi s'endor. A fe dins lou grand manescau.
L'ALOUETTE HUPPÉE
Rouge le soir
De beau temps espoir.
Au coucher du soleil, l'alouette huppée,
Quand elle a suffisamment sifflé dans les nuées,
Descend de là-haut dans les blés ;
Elle descend doucement et perchée
Sur la crête des mottes où le grillon dort,
Elle regarde du couchant le dernier jet d'or.
Elle contemple le monceau de braise,
La vague de charbons allumés
Que de gros nuages font fumer
Là-bas, tandis que s'embrase
La forge où un géant, le marteau à la main,
en trois chaudes prépare le soleil de demain.
Pin-pan ! L'énorme géant travaille
Son globe, et le travaille dur.
Pin-pan ! pin-pan ! Quand il est à point,
Qu'il reluit et rayonne,
Arrondi, tout neuf, ravivé par les chocs,
D'un coup de pied il le fait rouler dans le ciel.
Et la boule de feu plonge
Dans le gouffre des ténèbres...
Tout est voilé de brun
Pour la nuit, bonnasse couveuse,
Qui, sous le duvet du sommeil et du rêve,
Abrite l'oiselet, le grillon, l'homme et l'âne.
"Grand maréchal qui sur l'enclume
De ton atelier en nuages,
Avec ton marteau jamais las,
De ce monde prépares le luminaire,
Se dit l'alouette, oh ! maître forgeron,
Ne manque pas de boucler ton tablier flamboyant !"
"Ne manque pas d'allumer dan le vent
Ton feu, afin que le soleil
Ravivé nous revienne bientôt,
Ce bon gros soleil qui dore
Les nids et les épis ; ne manque pas, car ce sera
La fin de tout lorsque ta forge s'éteindra."
"De la sorte, à l'aube, plumage secoué,
Des champs je m'élèverai
Là-haut, et je saluerai
Ton oeuvre, la boule embrasée,
Préparée de frais ; mes premiers repiéu-piéu
Seront pour le soleil, toujours mort, toujours vivant. "
Au fond d'une touffe d'herbages secs,
L'alouette alors se retire,
Le coeur ému, le jabot
Gonfle de graines de panic.
Elle s'accroupit, met le bec sous l'aile, au chaud,
Et puis s'endort. Elle a foi dans le grand maréchal.