Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan
LA COURBADONO
Flour di pouèto, acò 's moun noum ;
Di prat flouri siéu lou renoum ;
Embaume l'èr, porte pèr raubo
Courau e nèu ;
Rise au soulèu
Quand sort di fumado de l'aubo.
L'ASE
Me dison l'ase, lou roussin,
Lou bourriscot porto-coufin,
Lou mau pigna. Tu, flour lisqueto,
Te chaucharai,
T'escracharai
E di mi bato e de mi peto.
LA COURBADONO
Escoute canta lou sausin,
La bouscarlo e lou seresin
Que fan si nis dins la baragno,
E dins moun got
Bevon li perlo de l'eigagno.
L'ASE
Se de cantaire n'as pas proun,
Au repiéu-piéu di passeroun
Iéu vole apoundre ma bramado :
Hi-han, hi-han,
Han, han, han, han !!!
M'enfètes, tu, la perfumado.
LA COURBADONO
Parpaioun blu, poudra d'argènt,
Damisello au jougne tant gènt,
Emé moun pot de mèu fan fèsto,
E li tavan,
De-longo van
De flour en flour lipa li rèsto.
L'ASE
Se regales l'escaravai,
E qu m'enchau ! Taiso-te, vai !
Ti blu parpaioun en gaugueto,
Ti tavan rous,
Toun mèu tant dous,
Tout acò me seco la guèto.
LA COURBADONO
Siéu l'ideau, siéu lou pantai
Que rescaufo lou cor e fai
Verdouleja li gréu de l'amo.
Quau me culis
De joio emplis
Si jour souleia pèr ma flamo.
L'ASE
Siéu la fèro realita,
Maire de l'imbecileta ;
Siéu l'ase, l'ami di caussido,
Triste, cirous,
Passi, terrous,
Barjo negrasso, usso frounsido.
LA COURBADONO
Siéu l'ideau, siéu lou flambèu
Que, trelusènt, fai vèire en bèu
Li dur draiòu de la vidasso.
E tu, jalous,
Ase rougnous,
M'amoussariés, pauro bestiasso !
LE NARCISSE DES POÈTES ET L'ÂNE
LE NARCISSE
Fleur des poètes est mon nom ;
des prés fleuris je suis la renommée ;
j'embaume l'air, porte pour robe
corail et neige ;
je ris au soleil
quand il sort des fumées de l'aube.
L'ÂNE
On me dit l'âne, le roussin,
la bourrique porte-sacoche,
le mal peigné. Toi, fleur élégante,
je te piétinerai,
je t'écraserai
de mes sabots et de mes crottins.
LE NARCISSE
J'écoute chanter le friquet,
la fauvette et le serin
qui font leur nid dans la haie,
et dans mon gobelet
plein à gogo boivent les perles de la rosée.
L'ÂNE
Si de chanteurs tu n'as pas assez,
au gazouillis des passereaux
je veux ajouter ma braillée :
Hi-han, hi-han,
han, han, han !!!
tu m'infectes, toi, la parfumée.
LE NARCISSE
Papillons bleus, poudrés d'argent,
libellules au corsage si gentil,
avec mon pot de miel font fête,
et les insectes
continuellement vont
de fleur en fleur lécher les restes.
L'ÂNE
Si tu régales le scarabée,
et que m'importe ! Tais-toi va !
Tes bleus papillons en goguette,
tes moustiques roux,
ton miel si doux,
tout cela m'importune.
LE NARCISSE
Je suis l'idéal, je suis le rêve
qui réchauffe le coeur et fait
verdoyer les bourgeons de l'âme.
Qui me cueille
comble de joie
ses jours ensoleillés par ma flamme.
L'ÂNE
Je suis la farouche réalité,
mère de l'imbécillité ;
je suis l'âne, l'ami des chardons,
triste, chassieux,
flétri, terreux,
babine noire, sourcils froncés.
LE NARCISSE
Je suis l'idéal, je suis le flambeau
qui, resplendissant, embellit
les durs sentiers de la vie.
Et toi, jaloux,
âne galeux,
tu m'éteindrais, pauvre sotte bête !