Jean-Henri FABRE Jean-Henri FABRE, une lucane Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan

 

 

 

LA COURBADONO E L'ASE

LA COURBADONO

Flour di pouèto, acò 's moun noum ;
Di prat flouri siéu lou renoum ;
Embaume l'èr, porte pèr raubo
Courau e nèu ;
Rise au soulèu
Quand sort di fumado de l'aubo.

L'ASE

Me dison l'ase, lou roussin,
Lou bourriscot porto-coufin,
Lou mau pigna. Tu, flour lisqueto,
Te chaucharai,
T'escracharai
E di mi bato e de mi peto.

LA COURBADONO

Escoute canta lou sausin,
La bouscarlo e lou seresin
Que fan si nis dins la baragno,
E dins moun got
Bevon li perlo de l'eigagno.

L'ASE

Se de cantaire n'as pas proun,
Au repiéu-piéu di passeroun
Iéu vole apoundre ma bramado :
Hi-han, hi-han,
Han, han, han, han !!!
M'enfètes, tu, la perfumado.

LA COURBADONO

Parpaioun blu, poudra d'argènt,
Damisello au jougne tant gènt,
Emé moun pot de mèu fan fèsto,
E li tavan,
De-longo van
De flour en flour lipa li rèsto.

L'ASE

Se regales l'escaravai,
E qu m'enchau ! Taiso-te, vai !
Ti blu parpaioun en gaugueto,
Ti tavan rous,
Toun mèu tant dous,
Tout acò me seco la guèto.

LA COURBADONO

Siéu l'ideau, siéu lou pantai
Que rescaufo lou cor e fai
Verdouleja li gréu de l'amo.
Quau me culis
De joio emplis
Si jour souleia pèr ma flamo.

L'ASE

Siéu la fèro realita,
Maire de l'imbecileta ;
Siéu l'ase, l'ami di caussido,
Triste, cirous,
Passi, terrous,
Barjo negrasso, usso frounsido.

LA COURBADONO

Siéu l'ideau, siéu lou flambèu
Que, trelusènt, fai vèire en bèu
Li dur draiòu de la vidasso.
E tu, jalous,
Ase rougnous,
M'amoussariés, pauro bestiasso !

LE NARCISSE DES POÈTES ET L'ÂNE

LE NARCISSE

Fleur des poètes est mon nom ;
des prés fleuris je suis la renommée ;
j'embaume l'air, porte pour robe
corail et neige ;
je ris au soleil
quand il sort des fumées de l'aube.

L'ÂNE

On me dit l'âne, le roussin,
la bourrique porte-sacoche,
le mal peigné. Toi, fleur élégante,
je te piétinerai,
je t'écraserai
de mes sabots et de mes crottins.

LE NARCISSE

J'écoute chanter le friquet,
la fauvette et le serin
qui font leur nid dans la haie,
et dans mon gobelet
plein à gogo boivent les perles de la rosée.

L'ÂNE

Si de chanteurs tu n'as pas assez,
au gazouillis des passereaux
je veux ajouter ma braillée :
Hi-han, hi-han,
han, han, han !!!
tu m'infectes, toi, la parfumée.

LE NARCISSE

Papillons bleus, poudrés d'argent,
libellules au corsage si gentil,
avec mon pot de miel font fête,
et les insectes
continuellement vont
de fleur en fleur lécher les restes.

L'ÂNE

Si tu régales le scarabée,
et que m'importe ! Tais-toi va !
Tes bleus papillons en goguette,
tes moustiques roux,
ton miel si doux,
tout cela m'importune.

LE NARCISSE

Je suis l'idéal, je suis le rêve
qui réchauffe le coeur et fait
verdoyer les bourgeons de l'âme.
Qui me cueille
comble de joie
ses jours ensoleillés par ma flamme.

L'ÂNE

Je suis la farouche réalité,
mère de l'imbécillité ;
je suis l'âne, l'ami des chardons,
triste, chassieux,
flétri, terreux,
babine noire, sourcils froncés.

LE NARCISSE

Je suis l'idéal, je suis le flambeau
qui, resplendissant, embellit
les durs sentiers de la vie.
Et toi, jaloux,
âne galeux,
tu m'éteindrais, pauvre sotte bête !

 

 

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