Jean-Henri FABRE Jean-Henri FABRE, une lucane Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan

 

 

 

LA LECO

I

Em' uno lauso
Que sus quatre busco repauso,
Paul lou mignot, de sero, a fa, dins li bouissoun
Souloumbrous dóu jardin, uno leco engranado,
Bèn aplanado,
Ounte deman matin se prendra l'aucelou.

Ris à sa maire,
Se coucho countènt, mai dor gaire ;
Touto la niue pantaio e bouscarlo e rigau :
La som pòu pas veni quand vesès en pensado
Leco abeissado
E dessouto belèu un merle, un perdigau.

Tou-bèu-just l'aubo
Fai flouqueja sa fresco raubo
Sus li vitro, que Paul, enuia de soun lié,
Niflo, siblo, toussis, se freto li parpello
E lèu apello
Sa maire que l'embraio e nouso si soulié.

Mai se devino
Que d'aquesto ouro la plouvino
Esgarrussis lou sòu de si plumet de gèu.
Deforo tout lusis. La tepo es argentado,
E l'alenado
De l'auro fai vaula de tubèio de nèu.

Es rèn. Li braio
Messo, lou drouloun pren la draio,
E tout caud de soun nis à la leco s'encour.
Ah ! qu'es eiçò ? La lauso, aièr bèn adoubado,
Es pas toumbado ;
Un di quatre bastoun es, bessai, un pau court,

Uno autro broco
Es alestido que just toco.
Mai lèu lou gòbi vèn à si det en travai ;
Lou nas es uno font, l'auriho vounvounejo,
La gauto frejo
S'encremesis. L'enfant fai la bèbo e s'envai.

— Se l'auceliho
A pas bequeta la graniho,
Ié dis la maire, avié pas fam. Veici la nèu,
La nèu que toumbo. Ve ! coume debano espesso !
Te fau proumesso
Que deman l'auceloun pitara, moun agnèu. —

La matinado,
Lou bèu proumié marca si piado
Sus lou lusènt tapis qu'esquicha dóu taloun
Cracino douçamen e vous fai de galocho,
Noun, rèn n'aprocho,
L'ivèr, d'aquéu plesi pèr lou brave Pauloun !

Li bouissounado
Souto la nèu soun amagado.
Anen vèire tamben : — E part. Mai pataflòu !
Tres fes resquiho en routo, e tres fes s'escagasso.
Lèu se ramasso,
Vai de mourre-bourdoun... Bon ! la leco es au sòu !

La joio santo
Dóu paradis en soun cor canto ;
Mai lou det sus la bouco, espanta, pensatiéu,
Auso pas esclargi lou mistèri di causo.
Enfin la lauso
Es levado. Que i'a ?... Rèn, mis ami de Diéu !

Mai doulour talo
A l'enfantoun es pas mourtalo.
Lou cassaire mignot a lou pitre di fort ;
Escoubo de la man, alestis plaço seco,
Refai la leco,
E lèu soun óublida lis auvèri dóu sort.

Toujour mountado,
La leco es vint fes vesitado ;
Tant e tant qu'à la fin toumbo, paf ! e se vèi
En deforo uno co. De-qu'es ?... Uno petouso
Pauro crentouso,
Espóutido ; Pauloun es plus urous qu'un rèi.

Dins si maneto,
Lis dos rejouncho en cabaneto,
Vite adus l'auceloun e s'encour embrassa
Sa maire, trefouli d'uno tant bello cassò,
Que vau becasso,
Pluvié, vanèu, canard e gabre enrabassa.


II


Dins la vido, moun bèu, se n'en pauso de leco
Que soun toujour en l'èr, o quand toumbon n'a rèn.
Alor, esglaria, lou costo-en-long rebeco ;
Tu fagues pas ansin, mignot e faras bèn.

Vai toujour de l'avans ; coumenço, recoumenço
La leco ounte se pren noste courchoun de pan,
E t'alasses jamai. Emé de persistenço,
Ço qu'es umble maset s'enausso de dès pan,

E s'estiro en oustau que nous tèn à la sousto
Quand lou vieiounge vèn, renous dins un cantoun.
Gardo ta bello fe, ta fe que rèn desgousto ;
Refai, refai ta leco, o moun brave enfantoun !

E se d'asard, un jour, la casso espetaclouso
Qu'as, de-segur, cènt fes bèn meritado autant
Que degun, n'es pas mai qu'uno pauro petouso,
Siegues pas despichous, car tóuti n'an pas tant.

LE TRÉBUCHET

I

Avec une pierre plate
reposant sur quatre bûchettes,
le petit Paul, le soir, a fait, dans les buissons
ombragés du jardin, un trébuchet engrainé,
bien aplani,
où demain matin se prendra l'oiselet.

Il sourit à sa mère,
se couche content, mais ne dort guère ;
toute la nuit il rêve et fauvettes et rouges-gorges :
le sommeil ne peut venir quand on voit en pensée
trébuchet tombé
et dessous peut-être un merle, un perdreau.

A peine l'aube
fait-elle flotter sa fraîche robe
contre les vitres, que Paul, ennuyé de son lit,
renifle, siffle, tousse, se frotte les paupières,
et bientôt appelle
sa mère qui lui met les culottes et lui noue les souliers.

Mais il se trouve
qu'à cette heure la gelée blanche
hérisse le sol de ses houppes de glace.
Dehors tout reluit. La pelouse est argentée,
et le souffle
de l'air fait voler des fumées de neige.


mises, le petit prend le sentier,
et tout chaud de son nid s'encourt au trébuchet.
Ah ! qu'est-ceci ? La pierre, hier bien préparée,
n'est pas tombée ;
un des quatre bâtons est peut-être un peu court.

Une autre bûchette
est préparée qui juste touche.
Mais bientôt l'onglée vient à ses doigts en travail ;
le nez est une fontaine, l'oreille bourdonne,
la joue froide
se colore de rouge. L'enfant fait la moue et s'en va.

— Si les oiseaux
n'ont pas becqueté le grain,
lui dit la mère, ils n'avaient pas faim. Voici la neige,
la neige qui tombe. Regarde ! comme elle descend épaisse !
Je te promets
que demain l'oiseau donnera dans le piège, mon agneau. —

La matinée
tout le premier marquer ses traces
sur le luisant tapis qui, pressé du talon,
craque doucement et vous fait des galoches,
non, rien n'approche,
l'hiver, de ce plaisir pour le brave petit Paul.

Les touffes de buissons
sont cachées sous la neige.
Allons voir cependant : — Il part. Mais pataflòu !
Trois fois il glisse en route et trois fois il tombe.
Vite il se ramasse,
il va à plat ventre. Bon ! le trébuchet est à terre !

La joie sainte
du paradis chante en son coeur ;
mais le doigt sur la bouche, étonné et pensif,
il n'ose éclaircir le mystère des choses.
Enfin la pierre
est soulevée. Qu'y a-t-il ? .. Rien, mes amis de Dieu.

Mais telle douleur
à l'enfant n'est pas mortelle.
Le jeune chasseur a l'estomac des forts ;
il balaie de la main, prépare place sèche,
refait le trébuchet,
et vite sont oubliées les mésaventures du sort.

Toujours monté,
le trébuchet est cent fois visité,
tant et tant qu'à la fin il tombe, paf ! et se voit
en dehors une queue. Qu'est-ce ?... Un troglodyte
pauvre apeuré
tout écrasé. Petit Paul est plus heureux qu'un roi.

Dans ses mains,
Les deux jointes en petite cabane,
vite il apporte l'oisillon et court embrasser
sa mère, tout joyeux de si belle chasse,
qui vaut bécasse,
pluvier, vanneau, canard et dindon bourré de truffes.


II


Dans la vie, mon beau, il s'en pose des trébuchets
qui sont toujours en l'air ou n'ont rien quand ils tombent.
Alors, effaré, le paresseux proteste ;
toi, ne fais pas ainsi, petit, et tu feras bien.

Va toujours de l'avant, commence, recommence
le trébuchet où se prend notre morceau de pain,
et ne te rebute jamais. Avec persévérance
ce qui est humble cabane s'exhausse de dix pans,

Et grandit en maison qui nous tient à l'abri
quand la vieillesse arrive, grondeuse dans un coin.
Garde ta belle foi, ta foi que rien ne dégoûte ;
refais, refais ton trébuchet, ô mon brave petit !

Et si par hasard, un jour, la chasse merveilleuse
que tu as, pour sûr, cent fois bien méritée autant
que personne, n'est qu'un pauvre troglodyte,
ne sois pas dédaigneux, car tous n'en ont pas autant.

 

 

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