Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan
Soulenne coume un diéu, l'ome à braio sarcido,
L'ome à large pitre pelous,
Lou noble espeiandra, lou baroun di caussido,
Lou semenaire, usso frounsido
E péu esfoulissa sus lis iue parpelous,
Brassejo dins li champ. La ventrudo boudougno
D'un sa plen ié pendoulo au còu.
A-de-rèng, di dos man, au founs de la besougno,
L'ome pesco, espandis si pougno
D'un gèste d'emperaire e benesis lou soù.
Ansin quand sus l'autar lou gros cire s'atubo,
Lou bèu jour de Pasco vengu ;
Quand l'ourgueno brusis, pious ; quand l'encèns tubo
E d'un blu nivoulun estubo
Lou front clin di fidèu, tremoulant, esmougu ;
L'evesque tout-dun-tèms s'aubouro, mitro en tèsto,
Crosso en man, lou det anela
D'ametisto ; un moumen, majestuous, d'un gèsto
De soun det, pèr coumpli la fèsto,
Fai uno crous d'amount, d'avau, d'eici, d'eila.
Lou pountife, ufanous dins sa glòri, semeno
L'apasimen ; dins li cor las
Vuejo la santo eigagno, e de soun signe ameno,
Pèr li lagno de touto meno,
Un brigoun d'ideau, lou supreme soulas.
L'autre, l'espeiandra, pountife à braio routo,
A pèr gros cire lou soulèu,
Lou luminari d'or que dardaio à la vouto
Dóu tèmple, e fegoundo li mouto
Emé li rai de soun escalustrant calèu.
A lou cèu azuren pèr autar. Sa capello,
Tapissado de satin blu,
dòu sublime velout di nivo s'enmantello ;
E la viholo dis etallo
Davans lou tabernacle atubo si belu.
Pèr ourgueno a lou tron, la fourmidablo basso
Que brusis li inne sacra,
Quand l'aurige se found en plueio tousco, e passo
Espoumpissènt li terro lasso
E revihant li germe en si lachun sucra.
E de mignot clerjoun, à la voues mistoulino,
Fan : alleluia, riéu-piéu-piéu !
Quinsoun e seresin, bouscarlo e cardelino
Que porto roujo capelino,
Bresihon si moutet à la glòri de Diéu.
Per encèns, dins li flour en liogo de naveto,
Se soun amassa de perfum
Que lis encensié d'or, dins si canesteleto
Escrincelado e pendouleto,
Enauron douçamen sènso ni fiò ni fum.
Gousié meravihous, subran la couquihado,
Finido soun Adouracioun
Au nis, part, tout dre mounto ansin qu'uno fusado,
Mounto en cantant, pièi enaussado,
Invesiblo, amoundaut siblo l'Elevacioun.
De l'evesque, à respèt, qu'es la magnificenço !
L'autre, emé la taiolo i ren,
A tout pèr éu, alor qu'en brassejant coumenço
Lou sant óufice di memenço
Que fai de pan pèr l'ome, e pèr l'ase de bren.
LE SEMEUR
Solennel comme un dieu, l'homme à braies ravaudées,
L'homme à large poitrine velue,
Le noble loqueteux, le baron des chardons,
Le semeur, sourcils froncés
Et cheveux ébouriffés lui descendant sur les paupières,
Gesticule dans les champs. La bosse ventrue
D'un sac plein lui pend au cou.
A tour de rôle, des deux mains, au fond de la chose,
L'homme puise ; il étale ses poings
D'un geste d'empereur et il bénit le sol.
Ainsi quand sur l'autel le gros cierge s'allume,
Le beau jour de Pâques venu ;
Quand l'orgue bruit, pieux ; quand l'encens fume
Et d'une nuée bleue parfume
Le front penché des fidèles, émus et tremblants ;
L'évêque soudain se dresse, mitre en tête,
Crosse en main, le doigt annelé
D'améthyste ; un moment, majestueux, d'un geste
De son doigt, pour terminer la fête,
Il fait une croix en haut, en bas, d'ici, de là.
Le pontife, magnifique en sa gloire, sème
L'apaisement ; dans les coeurs las
Il verse la sainte rosée, et de son signe amène,
Pour les soucis de tout genre,
Un peu d'idéal, suprême soulagement.
L'autre, le loqueteux, pontife à culotte délabrée,
A pour gros cierge le soleil,
Le luminaire d'or qui resplendit à la voûte
Du temple, et féconde les mottes
Avec les rayons de son éblouissant lampion.
Il a le ciel azuré pour autel. Sa chapelle,
Tapissées de satin bleu,
Du sublime velours des nuées se recouvre ;
Et la veilleuse des étoiles
Devant le tabernacle allume ses lueurs.
Pour orgue, il a le tonnerre, la formidable basse
Qui bruit les hymnes sacrées,
Quand l'orage se résout en pluie tiède, et passe
Imbibant les terres fatiguées
Et réveillant les germes en leurs laitages sucrés.
Et de mignons enfant de choeur, à douce voix,
Font : alleluia, riéu-piéu-piéu !
Pinson et serin, fauvette et chardonneret
Qui porte rouge capeline,
Brésillent leurs motets à la gloire de Dieu.
Pour encens, dans le fleurs en guise de navettes,
Se sont amassés des parfums
Que les encensoirs d'or, dans leurs petites corbeilles
Ciselées et pendantes,
Exhalent doucement sans feu ni fumée.
Gosier merveilleux, soudain l'alouette huppée,
Finie son Adoration
Au nid, part, tout droit monte ainsi qu'une fusée ;
Elle monte en chantant ; puis, élevée,
invisible, là haut elle siffle l'Élévation.
De l'évêque, en comparaison, qu'est la magnificence !
L'autre, avec la ceinture rouge aux reins,
A tout pour lui, alors qu'en gesticulant il commence
Le saint office des semences
Qui fait du pain pour l'homme, et pour l'âne du son.