Jean-Henri FABRE Jean-Henri FABRE, une lucane Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan

 

 

 

LOU VERBOUISSET

Verbouisset coupagnoun di mato ensouleiado,
Verbouisset superbe rampau
De la co-rousso e dóu rigau,
Que porton, coume tu, coulour de flamejado ;
O cerieiso de pastre, o glòri de l'ivèr
Pèr ti poumeto roujo e toun fuiage verd !

Siés prim, mai siés lou fort. Quand la fèro cisampo
En escoubant li coutau rous,
Fouito lou chaine pouderous ;
Quand l'eissame jala dóu nivoulas s'escampo
E clino de soun fais l'óulivié palinèu,
Tu, roubuste cepoun, rises souto la nèu.

Espinches, tranquilas au founs de la baragno,
Amalugado pèr lou pes
E la fre d'un couglas espés
Que toumbo en candeleto e de si plour te bagno ;
Alor, requinquiha, mai lou mistrau brusis,
Mai verdoulejes, mai toun courau trelusis.

Siés lou fort. Sus la tepo, entrevadis e bauco,
Argelèbre sus li roucas,
Dins la palun sagno e jouncas,
Barrulon, cousseja pèr l'alenado rauco
Qu'a plen boufet toussis janvié l'endoulouri,
Lou jala ; tu, soulet, alor auses flouri.

Ti floureto à sièis rai, souto fueio espelido,
Verdalo emé l'iue cremesin,
Dounon soulas au seresin,
Que tafuro, afama ; la pauro anequelido,
La petouso li vèi, repren courage e dis :
"Tirit ! tout es pas mort dins l'orre chapladis."

"Reveirai ma téulisso e moun nis fa de mousso.
Aquéu flouris, douc lou soulèu
Amoussara pas soun calèu.
Es vrai ço que m'an di lou rigau, la co-rousso :
Tant que lou verbouisset tendra soun pecou dre,
Mignoto, agues pas pòu, risques rèn de la fre."

Siés lou bouissoun sacra. Quand, pèr Nouvè, se pauso
Cacho-fiò, joio de l'oustau,
Dreissa sus lou pan calendau
Entre quatre candèlo, un plat de cacalauso,
Un gréu d'àpi, uno anchoio em'un tros de nougat,
Sus uno assieto bluio en d'oustìo plega,

Fas piéuta l'enfantoun e rire la ninèio ;
Fas apensamenti li vièi
Que chourlon un chiquet, e pièi,
La calour dóu vin cue revihant lis idèio
Au founs de l'esperit, pèr lis an alassa,
Ramenton douçamen li causo dóu passat,

Urous, tres fes urous l'ome que li chavano
De la vidasso laisson fort !
Se dins soun pitre n'es pas mort
Lou gréu verd afranqui de touto causo vano,
Aquéu s'enausso e vèi la santo Verita
Coume lou verbouisset vèi la Nativita.

LE PETIT-HOUX

Petit-houx compagnon des buissons ensoleillés,
petit-houx, superbe rameau
de la queue-rousse et du rouge-gorge,
qui portent comme toi la couleur de la flamme ;
ô cerise de pâtre, ô gloire de l'hiver
par tes petites pommes rouges et ton feuillage vert !

Tu es petit, mais tu es fort. Lorsque la farouche bise,
en balayant les côteaux roussis,
fouette les chênes puissants ;
quand l'essaim gelé du gros nuage se répand
et fait incliner de son poids le pâle olivier,
toi, robuste souche, tu ris au-dessous de la neige.

Tu regardes, tranquille du fond des broussailles,
écrasées par le poids
et le froid d'une épaisse couche de glace
qui descend en petites chandelles et te mouille de ses pleurs ;
alors, regaillardi, plus le mistral ronfle,
plus tu verdoies, plus ton corail reluit.

Tu es fort. Sur la pelouse, clématite et gramen,
sur les rochers genêt épineux,
dans les marais massette et joncs,
roulent, chassés par l'haleine rauque
qu'à pleins poumons tousse janvier l'endolori,
le gelé ; toi seul alors oses fleurir.

Tes petites fleurs à six rayons, écloses à la face inférieure des feuilles,
verdâtres avec l'oeil cramoisi,
donnent consolation au serin,
qui furette, affamé ; le pauvre exténué,
le troglodyte, les voit, reprend courage et dit :
"Tirit ! tout n'est pas mort dans l'affreux massacre."

"Je reverrai mon toit et mon nid fait de mousse.
Celui-là fleurit, donc le soleil
n'éteindra pas son luminaire.
C'est vrai ce que m'ont dit le rouge-gorge et la queue-rousse :
"Tant que le petit-houx tiendra sa tige droite,
petit, n'aie pas peur, tu ne risques rien du froid."

Tu es le buisson sacré. Lorsque, à la Noël, se pose
cacho-fiò, joie de la maison,
dressé sur le pain calendau
entre quatre chandelles, un plat d'escargots,
un coeur de céleri, un anchois avec un morceau de nougat,
plié dans des hosties sur une assiette bleue,

Tu fais jeter un cri de joie à l'enfant et rire la marmaille ;
tu rends pensifs les vieillards
qui boivent une lampée et puis,
la chaleur du vin cuit réveillant les idées
au fond de l'esprit lassé par les années,
se rappellent doucement les choses du passé.

Heureux, trois fois heureux l'homme que les bourrasques
de la vie laissent fort !
Si dans sa poitrine n'est pas mort
le germe verdoyant affranchi de toutes choses vaines,
celui-là s'élève et voit la sainte Vérité
comme le petit-houx voit la Nativité.

 

 

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