Jean-Henri FABRE Jean-Henri FABRE, une lucane Oubreto prouvençalo dóu Felibre di Tavan

 

 

 

ABRIEU

Lis alenado
Di marinado
Boufon pèr rounfle caud ; de négri nivoulas
Passon, de-fes lavon li fueio
Emé quatre degout de plueio :
Es lou printèms qu'arrive qu'adus si soulas.

Bono vengudo
Es bèn dégudo
Au soulèu que revèn. Pèr éu, lou tron brusis ;
Pèr éu lou cebihoun nasejo
Dins li draiòu, quand blasinejo ;
Pèr éu, l'uiau subran s'atubo e trelusis.

Pèr éu, li pibo
De-long di ribo
Desplegon si boutoun de quitran envisca ;
Pèr éu, s'alongo e s'entrigasso ;
Dins li bartas lou tiro-agasso ;
Pèr éu, lou sause met si pendènt alisca.

Per éu, dessouto
Li vèrdi mouto
Vióulouno, en banejant, la colo di grihoun ;
Pèr éu, sus la chusclo nouvello,
Espandido en flour negrinello,
Vounvounon, ataula, li proumié mousquihoun.

Et la reineto,
La verdouleto,
En boufigo gounflant soun pitre enraumassa,
Canto : vue ! vue ! S'es revihado
A la proumiere escandihado.
Tout boulego e brusis, de l'ivèr alassa.

De-qu'es la vido,
Tant lèu gausido ?
Es un pau de calour dins la fango escoundu.
Couva pèr la divino flamo,
Çò qu'èro limo pren uno amo
Quand un rai de soulèu dins si flanc s'es foundu.

Dounc, tout banejo,
Tout verdoulejo,
E s'estiro, e s'alongo, e mounto, e vai, e vèn
Pèr avé sa part benesido
De la grando raisso de vido
Que nous plòu d'eilamount quand lou soulèu revèn.

AVRIL

L'haleine
Des vents du midi
Souffle par chaudes bouffées ; de noirs et gros nuages
Passent, parfois ils lavent les feuilles
Avec quatre gouttes de pluie :
C'est le printemps qui arrive et amène ses soulagements.

Bonne venue
Est bien due
Au soleil qui revient. Pour lui, le tonnerre gronde ;
Pour lui, le muscari montre le nez
Dans les sentiers quand il bruine ;
Pour lui, l'éclair s'allume soudain et resplendit.

Pour lui, les peupliers
Le long des rives,
Déploient les bourgeons englués de goudron ;
Pour lui, s'allonge et s'entrelace
Dans les halliers la clématite ;
Pour lui, le saule met ses jolis pendants.

Pour lui, dessous
Les vertes mottes,
Violonne, en remuant les cornes, la troupe des grillons ;
Pour lui, sur l'euphorbe nouvelle,
Épanouie en fleurs noirâtres,
Bourdonnent, attablés, les premiers moucherons.

Et la rainette,
La verdette,
En vessie gonflant sa poitrine enrhumée,
Chante : vue ! vue ! Elle s'est réveillée
Au premier coup de soleil.
Tout remue et bruit, fatigué de l'hiver.

Qu'est-ce que la vie,
Si vite usée ?
C'est un peu de chaleur caché dans la fange.
Couvé par la divine flamme,
Ce qui était limon s'anime
Lorsqu'un rayon de soleil s'est fondu dans ses flancs.

Donc, tout remue ses cornes,
Tout verdoie,
Et s'étire, et s'allonge, et monte et va, et vient
Pour avoir sa part bénie
De la grande averse de vie
Qui nous pleut de la-haut lorsque le soleil revient.

 

 

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Lou Grihoun